Jacques Thomann, artiste peintre

Vies silencieuses - textes

A propos d'une peinture de jacques Thomann

Couverture de Saisons d'Alsace - printemps 1997

…L’oeuvre de Jacques Thomann est l’aventure d’une pensée et d’une sensibilité qui s’en sont remisent à la seule puissance de la couleur tout autant pour rendre perceptible leur sentiment d’une barbarie aujourd’hui croissante que pour approcher, avec une patiente sensualité, le mystère de personnes et d’objets qui leur sont familiers.
Ses travaux, réalisés à l’huile ou au pastel, se présentent souvent en séries, diptyques et triptyques, articulant ainsi dans un »discours « plastique d’une grande richesse chromatique l’intensité indicible en mots d’une sensation, d’une intuition...
Aussi, dans la fragmentation, l’inachèvement ou les torsions de leurs corps, les personnages qui peuplent la peinture de Jacques Thomann, qu’ils soient actifs ou en repos, allégoriques ou non, sont fondamentalement des incarnations de la couleur, de sa violence nécessaire pour faire affleurer la lumière qui émane de leur présence et pour révéler leur perméabilité aux énergies parcourant les espaces où se jouent leurs drames.

Paul Guerin

Extrait du texte d'introduction au catalogue de juin 1992

…En conclusion au développement de séries telles que «Rocking’s Story» «Vies Silencieuses» «Nu» ou «Oiseau» la réflexion de Paul Guerin pourrait tout autant animée les derniers travaux de Jacques Thomann présentés chez Rémy Bucciali sous le titre générique de «Ligne voyageur» réalisés ses derniers mois…

«...La peinture de Thomann n’a jamais été aussi proche de l’abstraction et pourtant le vol de l’oiseau semble y avoir inscrit ses derniers sillages ,au delà de la mort comme en deçà de la représentation. Ce n’est plus dans la lumière que le monde s’est finalement estompé mais par l’effet d’un graphisme qui a retenu son empreinte du même geste qu’il en effacé son image. La couleur, naguère à «l’état sauvage» des étoffes des fruits et des plumes s’est ainsi doucement éteinte pour n’émerger plus que par quelques traits vifs d’une nuit - peut-être non moins profonde que celle des premières grottes ornée elles aussi d’animaux - où,pour nous faire signe,cette œuvre aura reconduit le visible et ranimé, au cœur de cette obscurité, sa flamme la plus secrète.

Paul Guerin

Travaux composés en séries,

Nocturnes: 1987
Rocking’s Stories: 1987 - 88
Vies silencieuses: 1989 - 93
Oiseau: 199O - 91
Carnassiers 1993 - 94
Otages 1995 - 96
Suite pour un paysage figuré 1996 - 97
L’intranquilité 1996 - 97
Ligne voyageur 1998

 

Sur une peinture de Jacques Thomann, vie silentieuse, 1989 (extrait)

…S’il a travaillé sur un sujet extrait de la mythologie comme Suzanne et les vieillards, Jacques Thomann a surtout privilégié la représentation de ses proches qui acceptent de se prêter au jeu du modèle (Rocking Stories) ainsi que la nature morte… Comme titre à cette dernière série de tableaux, le peintre opte pour la traduction littérale de Stilleben, en allemand, vies tranquilles ou mieux vies silencieuses. Il indique par là que les éléments du quotidien peuplent parfois le silence d’une présence inquiétante.

Un compotier rempli de fruits permet au peintre de décrire un univers courbe que contrecarre discrètement l’esquisse de l’arête d’une table ou le bras d’un fauteuil. La composition repose sur la couleur seule. Tout est lumière. Par le registre coloré, l’artiste précise délibérément le rendu des fruits. Une touche verte vient rééquilibrer la masse dominante des jaunes. Des plages recouvertes de pastel succèdent aux parties laissées en réserve, suscitant ainsi à la surface du papier des effets de brillance et de matité. A ces contrastes se mêlent également des jeux de transparence nécessaires à l’évocation du décor. Le pastel séduit le peintre pour son caractère à la fois immédiat et définitif : requérant une parfaite maîtrise du geste, il n’autorise pas le repentir….

…Au lieu d’évoquer le rare, le singulier, Jacques Thomann choisit de représenter le familier, l’usuel : il célèbre les objets humbles qui accompagnent l’homme dans sa vie de tous les jours et sont à portée de sa main. Il attire l’attention sur les éléments les plus ordinaires de l’existence, pérennise ce qui risque de disparaître, sauve de l’oubli ce qui est menacé. Les objets se révèlent alors dans leur forme essentielle, masquée dans leur emploi quotidien, purement utilitaire. En nous invitant à porter un regard attentif sur ce qui nous entoure, le peintre nous fait prendre conscience des liens sensibles tissés avec la réalité, il nous renvoie à l’émotion de nos premiers contacts avec notre univers.

De prime abord, on ne décèle, dans ces natures mortes, aucun signe d’une intervention humaine, encore moins de symbole exprimant la fuite du temps ou encore la vanité de l’existence. Toutefois, dans ces pastels dévorés par la lumière et envahis par l’exacerbation d’une couleur, quasi autonome, sourd comme une inquiétude. Des inscriptions apposées dans le bas de la composition font fréquemment allusion aux bouleversements politiques contemporains des oeuvres suggérant ainsi que cette peinture ne cherche pas à se soustraire à l’influence des évènements, au temps présent de l’Histoire.

Jacques Thomann a choisi d’explorer les ressources de la couleur pour affirmer sa peinture, la rendre encore plus vivante et plus actuelle…

Sylvie Lecoq-Ramond



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